Alimentation végétale  : une salutaire mise au vert

Tourner le dos aux protéines animales est encore trop souvent considéré comme un acte militant, pratiqué par des extrémistes de la mouvance chou kale. Les arguments rationnels ne manquent pourtant pas pour justifier un tel choix. Petit tour d’horizon de ceux qui vous permettront de tenir vos camarades viandards en respect le jour où ils voudront vous faire passer sur le gril.

Dire adieu à la viande n’est pas chose aisée. Surtout dans un pays qui en a fait l’un des piliers de sa gastronomie. Aussi courageux fût-il, ce choix entraîne généralement deux réactions : le retrait immédiat de votre étiquette de « bon vivant », et la suspicion – pour ne pas dire le mépris – de vos amis carnivores, prompts à vous coller celle de khmer vert à la solde du lobby du quinoa. Justifier son renoncement à la bidoche ne constitue pourtant pas une prouesse rhétorique. Année après année, les arguments en faveur d’un arrêt – ou à tout le moins, d’une nette diminution – de la consommation de protéines animales s’accumulent.

A commencer par ceux touchant au bien-être des premiers concernés. Pas un mois ne passe en effet sans que la souffrance animale fasse l’objet d’une accablante démonstration. Un supplice ordinaire qui trouve l’une de ses principales causes dans la concentration de l’élevage industriel. En France, le nombre d’élevages de porcs et de poules pondeuses s’est ainsi effondré de 87 % entre 1988 et 2010. Pourtant, le nombre de porcs élevés n’a pas bougé ou presque, et celui des volailles a explosé. Résultat : des animaux de plus en plus nombreux réunis dans des espaces toujours plus réduits. Et ce n’est malheureusement pas la législation actuelle, particulièrement permissive, qui va mettre un terme aux gesticulations des volailles albinos contraintes au cannibalisme par leurs conditions de détention…

Soja seum
Des phénomènes pas très ragoûtants qui ne sont pas près de disparaître, tant l’élevage intensif continue de progresser. Ainsi en 2019, les activités d’élevage et d’abattage ont-elles concerné plus de 380 milliards d’animaux terrestres et aquatiques dans le monde. Des chiffres colossaux, dont il est parfois difficile d’appréhender la réalité qu’ils recouvrent, tant celle-ci est multidimensionnelle. Dans un monde puissamment interconnecté en effet, un battement d’aile de poulet produit souvent un peu plus qu’une tempête dans un boîte de nuggets.

Il suffit pour le comprendre de jeter un œil aux ressources que mobilise l’élevage industriel. Si 75 % des terres agricoles mondiales sont déjà dévolues à celui du bétail, cet insatiable appétit de surfaces arables n’est malheureusement pas sans conséquences sur le couvert forestier mondial. Notamment en Amérique latine, où celui-ci a été réduit de 24 millions d’hectares en dix ans (soit l’équivalent d’un pays comme le Royaume-Uni), dont deux tiers ont été consacrés aux pâturages. Champion incontesté de la déforestation, le Brésil de Jair Bolsonaro a consacré pour sa part 63 % de cette stimulante activité à la culture du soja. Or si la production de soja destiné à l’alimentation humaine est à la fois indolore pour l’environnement et pour l’homme, il en va autrement des tourteaux OGM made in Brazil qui servent de plat de résistance aux bovins européens. La boucle – ou le cercle vicieux, au choix – est bouclée…

Ajoutez à cela les émissions de gaz à effet de serre – directes et indirectes – générées par l’élevage  (14,5 % des émissions mondiales selon la FAO), les énormes quantités d’eau mobilisées pour abreuver les bêtes (pas moins de 13.500 litres sont par exemple nécessaires pour produire un kilo de bœuf), ou encore les atteintes à la biodiversité induites par la modification de l’habitat des espèces – laquelle affecte 85 % des oiseaux, des amphibiens et des mammifères -, et vous aurez une vue d’ensemble imprenable sur les effets délétères de nos penchants carnivores.

Diabète et antidépresseurs
Un triste tableau auquel manque toutefois un personnage clé : l’être humain. Outre les animaux, les ressources et les écosystèmes, c’est finalement à l’humanité que l’élevage intensif porte en effet préjudice. Aux perdants de la « révolution verte » qui ont vu leur agriculture vivrière immolée sur l’autel du commerce extérieur, comme aux « vainqueurs » de la mondialisation heureuse qui jouissent sous nos latitudes industrialisées du privilège de sentir les effets du diabète de type 2, du cancer colorectal ou de l’hypertension.

Nous pourrions décliner encore longtemps les chiffres et les statistiques de la catastrophe. Nous pourrions enrichir le panorama de quelques données sur la hausse préoccupante du stress hydrique dans le monde ou sur les conséquences (désastreuses) de la surpêche sur l’équilibre des mers et des océans. Mais le présent billet n’est ni un coupe-faim, ni une prescription d’antidépresseurs. Il n’a pas non plus vocation à dispenser des leçons de bonne conduite alimentaire. Même si cela ne se voit pas au premier coup d’oeil, ces quelques lignes répondent avant tout à un besoin commun : donner du carburant à notre volonté, et nous rappeler le bienfondé d’une démarche qui brille par son invisibilité. Car en matière d’alimentation comme dans bien d’autres domaines de la consommation courante, l’impact le plus significatif est précisément celui qu’on ne génère pas.

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