Présidentielle : les pieds à côté du plat

Alors que la campagne présidentielle touche à sa fin, la consommation de viande brille par son absence du débat. Un comble, lorsqu’on connaît l’impact (considérable) de l’élevage sur les émissions de gaz à effet de serre.  Petit passage en revue des positions des candidats à la magistrature suprême sur cette épineuse question. Attention, il y a de la mâche. 

 

Au mieux, ils la repoussent discrètement au bord de l’assiette. Au pire, ils en font un intouchable symbole du patrimoine gastronomique français. Dans les deux cas, la consommation de viande ne semble pas vraiment au menu des préoccupations des candidats à l’élection présidentielle. Un tort, lorsqu’on sait que l’agriculture constitue la deuxième source d’émissions de GES en France (19%), dont les trois quart sont dues à l’élevage. Ajoutez à cela le fait que la surface agricole nécessaire à la production d’aliments à destination de ces cheptels ronge peu à peu nos forêts, et vous comprendrez aisément pourquoi la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) préconise de « limiter les excès de consommation de charcuterie et de viandes » au profit des légumineuses et des fruits et légumes.  

 

Une recommandation sur laquelle les candidats ont manifestement choisi de jeter un voile pudique – douce litote –, comme l’ont constaté Les Shifters, les compagnons de route bénévoles du Shift Project, un groupe de réflexion spécialisé dans la transition énergétique. Dans leur analyse des différents programmes, ils constatent : « Les candidats se risquent peu à proposer des mesures qui impliquent des changements de consommation ou de production », avant d’enfoncer le clou sur la diminution de l’alimentation carnée, abordée selon eux « de manière marginale et euphémisée par les candidats ». C’est peu de le dire. 

 

Plus prompte à mouiller la chemise pour le bien-être de ses chats que pour celui des bovins, Marine Le Pen propose ainsi de mettre en place un audacieux étiquetage sur l’origine des produits alimentaires « qui pourrait avoir un impact sur la consommation favorable au climat ». Nicolas Dupont-Aignant, de son côté, demande un très souverainiste « plan de production et de consommation de fruits et de légumes français », ajoutant une touche tricolore par rapport à sa concurrente socialiste Anne Hidalgo, qui défend pour sa part une vague « autonomie en protéines végétales ». Les esprits sagaces n’auront pas manqué de constater que de viande, il n’est pour ainsi dire jamais question. 

 

Nappes vichy et fourmi rouge 

 

Un reproche que l’on ne peut pas faire à Valérie Pécresse. Muée en avion à réaction depuis que les idées d’Eric Ciotti ont (grand) remplacé celles de la droite traditionnelle, la candidate Les Républicains n’y va pas par quatre chemins pour évoquer son goût des protéines animales. En meeting à Paris le 13 février dernier, celle-ci s’est ainsi exclamée, dans une saillie fleurant bon l’abattoir et les nappes vichy : « N’en déplaise à certains, un pavé charolais arrosé d’un bon vin, ça, c’est la France de la table ! ». 

 

Qu’une candidate de droite en perte de repères et de vitesse pose la grille sur le barbecue n’étonnera personne. Mais qu’un candidat communiste en fasse autant – pire, la précède dans l’exercice -, ça, personne ou presque ne l’avait vu venir. C’est pourtant l’exploit que Fabien Roussel, la petite fourmi rouge qui irrite tant la France Insoumise, est parvenu à réaliser en janvier dernier. D’aucuns diront même que sa campagne s’est lancée le jour où il s’est fendu de sa désormais célèbre phrase – n’est pas Lamartine qui veut – : « Un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, c’est la gastronomie française. »  

 

Depuis, le candidat du PCF a précisé sa pensée : « La bonne viande, il vaut mieux en (…) manger moins, mais de la bonne, (…) et manger de la viande française, mais surtout que tout le monde y ait accès… » Que chacun puisse manger de la « bonne » viande locale à un prix abordable sans porter atteinte au producteur : la voie tracée par Fabien Roussel prend des allures de labyrinthe. Le genre de dédale dans lequel la fibre sociale ne peut malheureusement pas faire office de fil d’Ariane. 

 

Dans cette illusoire course à la nuance, le candidat des Jours heureux doit pourtant composer avec la concurrence de deux redoutables adversaires : Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot – qui reconnaissait lors de la Primaire écologiste ne pas bouder une bonne bavette à l’occasion. Certes, les deux aspirants à l’Élysée vont plus loin, affichant une même intention de sortir de l’élevage intensif, et de créer des institutions consacrées à la question du bien-être animal (un commissariat dans le cas du candidat LFI, un ministère pour celui d’EELV). Pour le reste en revanche, le menu reste malheureusement le même. À l’image de leur « camarade » communiste, l’un comme l’autre promettent en effet de promouvoir une alimentation moins carnée, notamment dans la restauration collective, entonnant en cœur le même couplet hypocrite du « moins et mieux ». En matière de diminution de la consommation de viande, la lutte finale n’est définitivement pas pour demain 

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